Esoteric Andalltha, Pardon my French (FR posts), Stories

Orang en emporte l’outan

Ceux d’entre vous qui m’ont récemment croisé dans la rue ont été surpris de constater que je ne peux plus m’exprimer qu’en allemand. En effet, l’antenne liégeoise du bureau de communication qui est chargé d’assurer le lien entre mes pensées et leur expression orale est fermée pour les fêtes et mon dossier a été transféré à l’antenne de garde d’Aix-la-Chapelle qui n’emploie manifestement que des personnes unilingues. En revanche, si j’imite le castor nain ou si je grimpe dans un arbre en vous lançant des noix de coco dans la gueule, ça c’est parce qu’une limace m’a fait pipi dans l’œil.

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Esoteric Andalltha, Pardon my French (FR posts), Stories

Des fromages et du jus d’orange

C’était mardi ou alors c’était la nuit. En tout cas, il faisait noir. Je venais de finir une longue journée de travail et j’avais besoin de me modifier les idées. J’ai surpris, au loin, des gens. Ils parlaient. Il y en avait un qui fumait. Je me suis approché d’eux. Tout le monde était là : Alain, Francis, Jean-Jacques, un tyrannosaure en short, un ouvrier de la commune et un œuf. On baptisait Denis. Avec de l’eau. Je me suis joint à la fête. On a dévoré d’épaisses tartines de beurre avec de la margarine et aussi avec des fromages en buvant du jus d’orange et aussi du thé à l’amiante avec beaucoup du pipi dedans. Il y avait un petit Chinois qui riait, j’aimais bien. Puis une dame a déboulé. N’ayons pas peur des mots : elle était un peu enveloppée. Ne nous mentons pas : elle était grosse. Appelons un chat un chat : elle était obèse. Tant et si bien qu’elle a éclaté comme une baudruche, balayant tout sur des kilomètres.

Je n’ai jamais revu Denis.

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Esoteric Andalltha, Pardon my French (FR posts), Thoughts

Ni artistes, ni vandales 2/2

Je ne suis pas un « street artist ». Je ne l’ai jamais été. J’en ai rien à foutre d’amuser le passant. Je n’ai pas le projet de le distraire. Je ne désire pas le surprendre. Et j’ai encore moins la prétention de le faire réfléchir. Je ne suis même pas sûr de savoir ce qu’est l’art. Ce que je veux, c’est hurler. Hurler que j’existe. Que je ne suis plus ce petit garçon humilié quotidiennement par des insultes et des coups de pieds dans les couilles. Que je ne suis plus ce garçon dont les filles se moquaient. Ce que je veux, c’est oublier. Oublier qu’enfant, mon père faisait « pipi tout blanc dans ma bouche ». Oublier que je n’ai jamais été beau. Que j’ai toujours eu plus de difficultés que les autres dans tous les domaines. Oublier que je suis faible. Que je n’ai jamais envie de gagner mais que j’ai toujours peur de perdre.

Je ne suis pas un vandale. Je ne l’ai jamais été. Dégrader le bien d’autrui n’a absolument rien d’excitant pour moi. Je n’y pense juste pas. Chaque tag, chaque pièce, sur un mur ou sur un train, n’est qu’un long cri de détresse. Je ne veux pas crever comme je suis né. Si je ne parviens pas à m’aimer moi-même, je serai aimé par les autres. Je veux exister. Exister enfin.

(Photo prise par Luisa Schmidt)

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