Esoteric Andalltha, Pardon my French (FR posts), Stories, Thoughts

Dur comme du Gradur

Des lacets de chaussures, une bible de poche et un œuf. C’est ce qu’on m’a rendu ce matin dans un horrible sac plastique en me libérant du pénitentier de Lincent. Pas un sourire. Pas une poignée de main. Dehors, il faisait froid. Personne ne m’attendait. J’ai un peu pleuré puis je suis allé prendre un thé au café de la gare. Je n’ai pas touché au thé. Je n’aime pas le thé. Par la grande fenêtre embuée du bar, j’ai regardé les trains passer. J’ai observé les navetteurs pressés. Les amoureux qui se disputent. Ceux qui s’embrassent. J’ai vu un chat nager. Je ne savais pas que ça nageait, un chat. Enfin, on aurait plutôt dit un pinson. Et il ne nageait pas vraiment. Mais il faisait bien semblant. Je me sentais perdu. Mais ça ne m’angoissait pas vraiment. Je savais que tôt ou tard j’allais remettre le pied à l’étrier. Que tôt ou tard, je retrouverais le sourire. Que ce n’était qu’une question de temps. Le temps a passé. Des mois. Des semaines. Des jours. Sept heures. Et rien n’a bougé. Quand j’étais dans ma cellule, on ne me demandait que de vivre. De respirer. De manger. De boire. De regarder la télévision. De dormir. Dans la vraie prison, il faut travailler. Travailler pour travailler, sans jamais se demander pourquoi. Travailler plus et mieux que le voisin. Et s’en féliciter. Il faut être beau. Il faut être mince alors que la nourriture saine à bon prix est de plus en plus rare. Il faut porter de beaux vêtements. Il faut avoir une belle compagne. Il faut masquer ses émotions. Faire croire à l’autre que rien ne nous touche. Qu’on est heureux. Qu’on passe les plus belles vacances du monde. Il faut avoir de la conversation. De l’humour. Il faut savoir des choses. Toujours être au fait. Tout prendre avec détachement. Il faut se décoiffer pour saluer. À table, il faut manger avec le couteau à gauche et la fourchette à droite. Ou l’inverse, je sais plus. En toute circonstance, il ne faut pas se montrer faible. Il faut être fort. Mais moi, je ne suis pas fort. Je suis faible. Comme la plupart d’entre nous. Je suis moche. Comme un tas de merde obèse avec de longs cheveux dérangés plantés dessus. Je ne suis pas intelligent. Je ne sais même pas ce que c’est, l’intelligence. J’aime rire mais je peux pleurer. Des mois. Des semaines. Des jours. Sept heures. Je n’aime pas le travail. Ça me fatigue. Je ne veux pas sortir avec la plus belle femme du monde. Je veux passer des moments de qualité avec celle que j’aime. Je ne veux pas avoir une belle voiture. Je n’aime pas la voiture. Je ne veux pas être rassuré de voir à la télévision qu’il existe des gens encore plus cons que moi. Alors feignez le bonheur, soyez travailleurs, beaux, intelligents, mangez tous les animaux de la Terre, anéantissez toute végétation, polluez l’air, salissez tout ce qui est beau, démolissez tout ce que vous pouvez démolir avant de poser vos bagages sur une autre planète sur laquelle vous pourrez reprendre vos odieuseries mais moi, je retourne en taule. J’avais même pas fini ma sieste et demain, c’est le jour des pâtes.

La vie, c’est trop dur. Comme du Gradur.

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